Pourquoi
la Ligue Bretonne des Droits de l'Homme ?
Il existe une grande
diversité d'associations qui se réclament légitimement de la défense des
droits de l'homme. Chacune d'entre elles se définit à juste titre dans un
domaine précis de la défense des droits de l'homme. Aujourd'hui plus que
jamais les atteintes aux droits de l'homme sont multiples et variées. Prétextant
l'insécurité croissante, la lutte contre le terrorisme, l'afflux des « étrangers
» qui espèrent trouver chez nous travail et sécurité fuyant des pays aux régimes
antidémocratiques, l'Etat se dote de lois toutes plus liberticides les unes que
les autres . Pour nous, il est nécessaire de défendre et protéger les
libertés et droits fondamentaux de la personne humaine, à une époque marquée
par ces dérives sécuritaires et discriminatoires, d'origine étatique et
autres, multiples et multiformes, qui les restreignent et les menacent de toute
part.
Dans cet esprit, nous dénonçons la récupération du mot
"terrorisme" ou "terroriste" pratiquée par un grand nombre
d'Etats dans le monde, récupération qui n'est qu'un prétexte pour
"traiter" des problèmes purement internes en profitant de procédures
d'exception non démocratiques pour liquider ou neutraliser de simples opposants
aux régimes ou systèmes oppressifs en place.
C'est le cas en France dans le traitement des revendications bretonnes. La ligue
bretonne des droits de l’homme parce que nous estimons que tout être
humain a le droit d'avoir accès sans retenue ni obstacles à sa langue et à
l’histoire de son pays même si le statut de ce pays a pu être modifié par
le cours de l’histoire et cela, notamment, dans les termes des dispositions de
l’article 27 du Pacte International de New York (ONU) du 19 décembre 1966
relatif aux droits civils et politiques:«
Dans les Etats où il existe des minorités ethniques, religieuses ou
linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées
du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre
vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer
leur propre langue. » La République française a refusé de ratifier cet
article, au motif que: "Le Gouvernement français déclare, compte tenu de
l'article 2 de la Constitution de la République française, que l'article 27
n'a pas lieu de s'appliquer en ce qui concerne la République."La défense des droits fondamentaux spécifiques internationalement
reconnus prévus par l'article 27 du Pacte de New York n'est donc pas assumée
en Bretagne et en d'autres parties du territoire de la République française.
Depuis, la République française a refusé de signer d'autres traités
internationaux qui prônaient tous le droit à la reconnaissance «des
langues, injustement qualifiées de minoritaires», le droit de les enseigner
sans obstacle, le droit de les utiliser au quotidien.
Tant que la République française n'aura pas modifié l'article 2 de sa
Constitution de 1958: « La langue de la République est le français» (ajout
à la Constitution opéré le 25 juin 1992), toutes les initiatives pour
redonner au breton un caractère officiel dans la vie de tous les jours,
enseignement (apprentissage de la langue et de l'histoire propre à leur identité),
media etc.. seront vaines. Toutes les initiatives prises dans ce sens se sont
toujours heurtées à l’avis négatif du Conseil Constitutionnel dernier
rempart du jacobinisme pour l'interprétation de cet article de la constitution
française.
NOTRE DIFFERENCE
Si beaucoup
d'associations de défense des droits de l'homme se définissent dans un
domaine précis de la défense des Droits de l’Homme, certaines comme la Ligue
Française des Droits de l'Homme se veulent "universelles" ou du moins
entendent défendre des droits dits universels, s'appliquant à tous les hommes.
Or, là où le bât blesse c'est que, dans une conception strictement
individualiste des droits de l'homme, ces associations des Droits de l’homme négligent,
voire même combattent les droits de collectivités d'hommes et de femmes réunis
en une communauté de vie, d'histoire, de territoire, de culture commune etc...
Il suffit de constater, par exemple, les réactions négatives que suscite le
mot "communautarisme"(1) en France.
En fait, tout comme dans la conception française du citoyen, pour ces
associations, l'homme est une abstraction, interchangeable, qui mérite certes
l'attention de ces associations, mais coupé de ses réalités culturelles,
ethniques, linguistiques, religieuses ou philosophiques...
En tous cas, il ne mérite d'attention qu'en lui-même (ou, au plus, considéré
dans sa famille strictement entendue) et jamais comme élément d'une entité
plus vaste, dont les souffrances et atteintes à ses droits individuels seraient
la résultante des atteintes portées aux droits de l'ensemble dans lequel il
est inséré.
Pour la Ligue Bretonne des Droits de l'Homme, cet aspect des choses qui nefait pas d'elle une ennemie des autres défenseurs des droits de l'homme
(sur le plan philosophique de la défense des droits de l’homme) mais est, au
contraire, un complément qui comble le vide volontairement ou non laissé,
entre autres, par la Ligue Française des Droits de l'Homme et par d'autres.
Pour nous, notre vision ainsi comprise de la défense des droits de l'homme revêt
un caractère universel.
En effet, si l'homme est souvent personnellement atteint dans ses droits
individuels, c'est sans doute et souvent pour ce qu'on appelle des "raisons
politiques" (il y en a d'économiques aussi) qui sont donc individuelles
mais c'est aussi et souvent à raison de son appartenance à un groupe soumis à
la domination d'un autre groupe plus puissant, ou plus belliqueux, ou plus
dominateur ou mieux organisé et il s'agit alors de raisons collectives à
retombées individuelles. Lorsque ces retombées deviennent massives et systématiques,
comme c'est le cas de la Bretagne, on peut parler d'ethnocide ou, comme le Président
algérien Bouteflika, de "génocide culturel" en observant au passage
qu'il n'est lui-même pas loin de faire la même chose avec les Kabyles, peuple
berbère d'Algérie.
C'est bien le cas en hexagonie, pour nous Bretons et pour d'autres.
C'est le cas en bien d'autres endroits du globe et c'est en quoi les droits de
l'homme « concret » que nous défendons, par opposition à l'homme
« abstrait » de la conception française jacobine, c'est à dire
l'homme replacé dans un ensemble humain lui-même opprimé, est bien un combat
à vocation universelle.
En fait l’homme que nous défendons est doublement atteint: personnellement
dans ses droits d'être humain et en tant que membre d'un ensemble
historiquement opprimé.
Il souffre à la fois en raison de son appartenance au groupe opprimé et en
tant qu'individu dès qu'il entend relever la tête contre cet état de fait par
la répression qu'il subit directement en retour. L'originalité de notre
combat, qui s'insère dans le combat général pour la défense des droits de
l'homme stricto sensu, est d'y ajouter une dimension collective en somme
que personne, en tout cas en France, ne défend au sein d'une association de défense
des droits de l'homme.
L.B.D.H
(1) Le
communautarisme n'est pas un fin en soi, c'est un fait.
Le communautarisme identitaire est un mouvement de pensée qui s'est développé
dans les années 1970 - 1980 dans le monde anglo-saxon. Il fait de la communauté
une valeur importante . Il se pose comme réaction au libéralisme
et à l'individualisme érigé en système. Une communauté est un groupe humain
constitué géographiquement ou historiquement sur un territoire donné, et qui
partage une culture dont, souvent, une langue commune. C'est le cas des peuples,
nations, civilisations, ethnies ou minorités ethniques, pour lesquelles les
critères géographique et historique sont fondamentaux.
En France, une partie non négligeable de ce qui est appelé "communautés"
est la résultante d'une politique coloniale massivement pratiquée par l'État
français et, surtout, de l'incapacité de ce dernier à en assumer les suites
et conséquences après les indépendances des anciens colonisés. Ceux là mêmes
qui s'épouvantent aujourd'hui de la montée du "communautarisme" sont
ceux-là même qui, par une politique de négationnisme de l'aventure coloniale
et de ses tristes réalités, ont poursuivi en « métropole » une
politique sociale et économique d'exploitation des personnes issues de ces
territoires anciennement sous dépendance coloniale pour en faire les
instruments des besoins économiques intérieurs, sans autre considération. La
"ghettoïsation" qui s'en est suivie est à l'origine des
"communautarismes" aujourd'hui agités comme des épouvantails qui
justifieraient des atteintes généralisées aux droits de tous. Cette ghettoïsation
est, d’une part, la résultante directe de cette politique d’exploitation
et, d’autre part , elle constitue un moyen pour les victimes de se protéger
et de s'entraider face à la discrimination des personnes et des institutions
qui les ont exploités et opprimés. En France depuis quelques années, l'épithète
"communautariste" a été accolé à tous les discours politiques qui
l’ont désigné comme une manifestation d’hostilité à la pensée républicaine,
laïque et ultra centralisatrice, ou du moins à sa forme extrême,
quasi-religieuse et dogmatique véhiculée par certains intellectuels français.
Les thèses de ce type d'anti-communautarisme reflètent des conceptions
ethnocentristes nationalistes étriquées etfinalement discriminatoires, autrement dit, elles correspondent à une
forme de communautarisme, déviante, excessive et réactionnaire qui sert de
support à des manipulations de l'opinion publique.
Le
siège de l'association est fixé à :
15 résidence saint
Eloi – Saint Fiacre - 56520 GUIDEL
www.lbdh.org
Association déclarée
le 13 avril 2006 à la sous préfecture de Lorient
La LBDH, Ligue
Bretonne des Droits de l'Homme, Journal
Officiel N° 21 en date du27
mai 2006, département 56, n° 641.