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BRETON POLITICAL DETAINEE WINS DEFAMATION CASE MEMORIAL PLANNED FOR THOSE LOST ON BUGALED BREIZH
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État des lieux de la Langue Bretonne
Ronan MENARDEAU, Patrick CORLAY & Denis RIOU octobre 2006
KEVRE BREIZH GWIRIOU MAB-DEN L.B.D.H. 15 Annez Sant-Alar – Sant-fiakr - 56520 GWIDEL Enseignement du / en Breton, où en est-on en 2006 ?
Avant de se pencher sur la situation de l’enseignement du / en Breton en ce début du 21ème siècle, il semble important de rappeler rapidement l’évolution de la langue bretonne durant le 20ème siècle, car la situation actuelle découle en grande partie de ce qui s’est déroulé durant le siècle passé.
Volonté d’éradication & déclin de la pratique.
D’une manière générale, on considère que le Breton est parlé au début du 20ème siècle par plus d’un million de locuteurs, malgré la saignée qui sera pratiquée dans le peuple breton à l’occasion de la 1ère. guerre mondiale. 1.150 000 brittophones en 1925, selon l’estimation de Dauzat (revue « La Nature » / 1er mai 1925). Une autre étude, réalisée par le linguiste Roparz Hemon en 1928 (enquête sur l’état du Breton, dans « Gwalarn ») estime cette population à environ 1.000 000 en Basse-Bretagne (moitié ouest de la Bretagne ). Le déclin se poursuit ensuite, notamment après la Deuxième Guerre Mondiale ; période qui verra toute revendication bretonne clouée au pilori, et ce durant des décennies. (L’hystérie anti-bretonne ira jusqu’à proscrire l’utilisation des prénoms bretons.) Le nombre de locuteurs est aujourd’hui estimé (estimé seulement car il n’existe pas de volonté d’établir des chiffres incontestables) à environ 250 000.
Les facteurs de ce déclin sont multiples, nous allons détailler ici les plus remarquables. Lors de la révolution française (1789), après annexion de la Bretagne , est mise en pratique, au nom de « l’universalisme », une politique visant à l’élimination de ce que les révolutionnaires français centralisateurs assimilent à des « patois » ; parmi ces cibles, le Breton qui est pourtant une langue à part entière. Cette politique a pour but de fabriquer une unité nationale basée sur la notion de « l’individu-citoyen » comme seul composant de la république, à l’exclusion de toute _expression émanant d’un quelconque groupe linguistique ou ethnique. Ceci implique que pour cette tendance « Jacobine » des révolutionnaires, c’est un modèle unique qui doit s’imposer à chacun. C’est malheureusement cette vision rigide de la république française qui va s’imposer (dans le sang) et qui prédomine encore de nos jours. Cette politique d’uniformisation par l’éradication des langues autres que le Français se poursuivra avec entrain au 19ème siècle, notamment avec l’instauration, dans la pratique, de l’école obligatoire en Français.
Un seul exemple suffirait à donner le ton : « Un principe qui ne saurait jamais fléchir : pas un mot de Breton en classe, ni dans la cour de récréation ». Ce sont là les termes de l’inspecteur d’académie Dosimont en 1897.
La Première Guerre Mondiale ayant aidé à vider la Bretagne de ses locuteurs, le combat pour la francisation forcée n’en continue pas moins. Là aussi, deux citations suffisent à montrer l’état d’esprit des gouvernants : « Ce sont des Français qu’il faut pour franciser les Bretons, ils ne se franciseront pas tout seuls » (I. Carré, inspecteur général, in Méthode de langage, 1922). Et sans doute l’une des citations les plus connues ayant jamais été prononcées par les partisans de la francisation totale : « Pour l’unité linguistique de la France , il faut que la langue bretonne disparaisse. » (Anatole de Monzie, ministre de l’éducation nationale, 1925).
Parallèlement, divers documents d’archive montrent qu’à l’époque, les défenseurs de la langue bretonne sont sous haute surveillance policière : rapport « confidentiel » du « commissaire spécial » de Brest sur la revue Gwalarn (10 janvier 1929), lettre du préfet du Morbihan au ministre de l’intérieur (27 septembre 1935) etc. On pourrait ainsi continuer longtemps le florilège, avec notamment des attaques de la part de ministres français tels Georges Pompidou, Robert Pandraud, Charles Pasqua, Jean-Luc Mélenchon, etc. La lutte contre la langue bretonne ne connaît pas de clivage politique (de la gauche à la droite française, il y a consensus) et cette lutte se poursuit encore aujourd’hui (les trois dernières personnes précitées avaient encore récemment des responsabilités politiques importantes).
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Depuis les années 1950 , les trois filières d’enseignement.
La France, se réfugiant derrière sa constitution, n’a à ce jour toujours pas ratifié la Charte européenne des langues minoritaires, alors que cette ratification est maintenant exigée pour les Etats souhaitant intégrer l’Union Européenne. De même, la France n’a pas signé l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par l’ONU en 1966, ainsi que l’article 30 de la convention internationale des droits de l’enfant. Ces articles font référence aux minorités nationales et au respect qui leur est dû.
Le cadre normatif français ne peut admettre de peuples différents ou de minorités nationales au sein de la république et par conséquent ne peut tolérer l’_expression de signes évidents de l’existence de ces « minorités », tels les langues. L’état français refuse donc de s’engager au niveau international à leur promotion quand un accompagnement de leur agonie programmée lui convient bien mieux.
La donne semble changer en ce qui concerne l’enseignement du Breton suite à la « Loi Deixonne » sur l’enseignement des langues et dialectes locaux du 11 janvier 1951. Cette loi permet d’enseigner les langues dites régionales dans les écoles primaires et secondaires ; elle introduit aussi une épreuve facultative au baccalauréat. Mais la note obtenue à cet examen ne sert que pour l’attribution d’une mention. Il faudra encore attendre jusqu’en 1971 pour que cette option soit prise en compte pour l’admission. En 1992, dans le cadre de la ratification du traité de Maastricht, l’article 2 de la constitution française est modifié ; dorénavant, La langue française est la langue de la république. Ce changement est officiellement justifié par l’envahissement progressif de la langue anglaise, mais en pratique, cet article 2 sera et est toujours utilisé par les pouvoirs publics français pour entraver le développement de l’enseignement des langues minoritaires (volontairement minorisées en fait).
Diwan (le germe), la scolarité tout en breton.
Face aux réticences de l’éducation nationale française, les Bretons décident de prendre leurs affaires en main. La première classe maternelle « Diwan » (le germe.) ouvre en 1977, avec 5 élèves. Les écoles Diwan mettent en place l’enseignement par immersion : la langue bretonne est à la fois langue d’enseignement et langue véhiculaire de l’école, le Français est introduit petit à petit à partir du CP. Dans la foulée, la première école primaire ouvre à Tréglonoù en 1980. La vie de Diwan sera régulièrement mise en danger : problèmes financiers, problèmes pour obtenir des locaux, etc. Le modèle Diwan sera aussi souvent utilisé comme épouvantail par les zélateurs (et il sont nombreux) de « l’unité républicaine » française. Au début des années 2000, sous la présidence d’Andrew Lincoln, l’association se fixera comme objectif d’obtenir un bien flou « statut public », mais sans succès, et cela pour plusieurs raisons : l’opposition de politiciens français de toutes tendances, l’opposition de syndicats d’enseignants français, l’opposition du Conseil constitutionnel français. Une frange de Diwan, conduite par Andrew Lincoln, semble prête à abandonner la pédagogie par immersion pour satisfaire à la condition « sine qua non » posée pour pouvoir intégrer l’éducation nationale française. Une autre tendance comprenant des salariés de l’association ainsi qu’une bonne partie des enseignants, sentant le danger, démettra Lincoln et écartera de facto l’illusion de « statut public ». L’association continue cependant aujourd’hui de demander un « statut public adapté », mais cela semble totalement impossible du fait du mode de fonctionnement très rigide et des buts de l’éducation nationale française, et surtout à cause de l’article 2 de la constitution.
Diwan se compose actuellement de 33 écoles primaires/maternelles, de 3 collèges et d’un lycée ainsi que d’un centre de formation pour les enseignants du premier degré. Cela représente 2110 éléves dans le primaire, et 786 dans le secondaire (chiffres de la rentrée 2005).
Div Yezh (deux langues) et Dihun (le réveil):
Les classes bilingues de l’éducation nationale et les établissements privés sous contrat Les classes bilingues de l’éducation nationale ont démarré en 1983. Les projets d’ouverture de classes sont portés par une association de parents d’élèves qui s’appelle « Div Yezh ». Cette association est habilitée par l’éducation nationale en tant qu’association de parents d’élèves. Selon le site internet de l’association, celle-ci « a pour but la défense des intérêts de tous les élèves de l’enseignement public et notamment de tous ceux apprenant le breton ou désirant l’apprendre, que ce soit en filière bilingue ou en option. Div Yezh est attachée aux valeurs et principes de la laïcité. » Dans la pratique, Div Yezh se trouve confrontée à chaque rentrée scolaire à l’inflexibilité de la loi française, ainsi qu’à la mauvaise volonté manifeste de la « machine » éducation nationale : inspecteurs, recteurs d’académie, etc. A la rentrée 2005, ce sont environ 150 écoles publiques qui proposent des classes bilingues. En tout sont scolarisés 3 549 èlèves, qui se répartissnt comme suit : 1880 en maternelle, 1 556 en primaire, 324 en collège et 91 en lycée (chiffres de la rentrée 2005).
Concernant les écoles privées sous contrat, les premières classes bilingues sont ouvertes en 1990. « Dihun » est dans l’enseignement privé l’équivalent de l’association de parents d’élèves « Div Yezh » dans l’enseignement public. Selon le site de l’association : «
A l’heure actuelle, la demande d’un enseignement du Breton est une demande sociale forte et en progression. Environ 92% des Bretons sont favorables à son enseignement. C’est pourtant seulement 10 300 enfants qui peuvent actuellement apprendre le Breton, soit 1,4% de la population scolaire en Bretagne. En comparant ces chiffres on peut mesurer le fossé qui sépare les aspirations pourtant légitimes des Bretons du peu de droits qui leur sont difficilement consentis par l’état français.
Tout naturellement, au regard de ces circonstances très exceptionnelles dans le cadre d’une Europe ouverte aux droits des minorités, le Breton est inscrit sur la liste des langues en danger selon l’ONU. Malgré tous les efforts des parents d’élèves, de leurs associations, des trois filières d’enseignement, de différents acteurs culturels et des partis politiques bretons unanimes sur le sujet, c’est à chaque rentrée scolaire, le même constat qu’on peut faire : malgré cette demande légitime, l’appareil d’état français continue d’entraver autant que faire se peut cet enseignement.
N’oublions pas la partition inique de la Bretagne décidée par « l’Etat Français » de PETAIN, en 1941, qui rend encore plus difficile l’implantation d’écoles en Breton en Loire-Atlantique ; ce département étant maintenant dans la région administrative des « pays de la Loire », au mépris de l’histoire et de la volonté des Bretons. On se rend ainsi compte que les principaux blocages à l’extension de l’enseignement du breton ou en breton sont le fait de l’administration française et de ses représentants locaux (recteurs d’académie, isnpecteurs de l’éducation nationale).
Face à cet état de fait, il semble nécessaire d’obtenir le plus rapidement possible le transfert des compétences dans le domaine éducatif de l’état vers la région (c’est-à-dire la région Bretagne et le département de Loire-Atlantique). Ce transfert de compétences doit nécessairement être accompagné d’un transfert de fonds (recettes fiscales) afin d’assurer le bon développement de l’enseignement. Cela afin de proposer un service d’enseignement du breton ou en breton de proximité, dans le but d’assurer l’égalité des enfants scolarisés. Ce transfert de compétences permettrait aussi d’assurer, enfin, la formation en nombre suffisant d’enseignants de / en breton. Enfin, sachant qu’une langue ne peut être sauvée par le seul biais de l’enseignement, il est à souhaiter que le breton obtienne un statut de langue officielle, afin que son utilisation puisse être facilité dans tous les domaines de la vie publique, permettant ainsi aux apprenants de pratiquer la langue en dehors du strict cadre scolaire.
Il est par ailleurs nécessaire de rappeler que concernant la Convention internationale des droits de l’enfant, la France considère que l’article 30 de cette Convention ne peut pas s’appliquer dans la République française, en vertu de l’article 2 de sa Constitution. Voic ce que stipule l’article de la Convention : «Article 30 Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ou des personnes d'origine autochtone, un enfant autochtone ou appartenant à une de ces minorités ne peut être privé du droit d'avoir sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion ou d'employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe. »
Il appartient maintenant aux Bretonnes et aux Bretons, qui se déclarent à chaque sondage massivement en faveur de l’enseignement de leur langue, de faire en sorte que leurs revendications soit entendues, et surtout prises en compte. Cet objectif sera plus facile à réaliser avec le soutien des autres pays européens qui ont depuis longtemps compris la nécessité de préserver et de développer les langues qui participent du patrimoine universel.
Le Breton, la seule langue celtique continentale encore parlée doit vivre !
Confrontés à des blocages multiples, diverses et incessants, et cela à tous les niveaux de l’Administration, et compte - tenu du nombre de locuteurs, de la disparition naturelle des « natives speakers » et leur non - remplacement, numériquement parlant, par les jeunes générations, (une disparition évaluée à 10 000 personnes chaque année, par l’Office de la langue bretonne), un compte à rebours a commencé depuis longtemps déjà. Le développement des différentes filières n’est pas en mesure, actuellement, de contrecarrer ce décompte fatal.
* Note sur le système éducatif en France : On entend par écoles publiques, les écoles dépendant directement de l’éducation nationale. Ces écoles sont non confessionnelles. L’enseignement y est laïc et gratuit.
Ecoles privées (ou écoles libres) : ces établissements, en très grande majorité catholiques, sont aussi appelés écoles sous contrat : ils ont un contrat avec l’état, ce qui les oblige à suivre les programmes d’enseignement officiel. L’enseignement est payant, les enseignants sont rémunérés par l’état.
Les écoles Diwan, dont le statut est de type associatif, sont généralement considérées comme des écoles privées. Elles sont elles aussi sous contrat avec l’état (mêmes programmes d’enseignement). L’enseignement y est laïc et gratuit.
Pour aller plus loin :
Office de la langue bretonne : http://www.ofis-bzh.org/index.php
Histoire générale du breton, de son enseignement et des freins qui y ont été mis
Les trois filières http://div-yezh.org/spip/rubrique.php3?id_rubrique=84
Union des enseignants de breton
Soutien international à la langue bretonne (en anglais ) http://www.breizh.net/icdbl/saozg/index.htm
Implantation des écoles Diwan :
Implantation des écoles bilingues publiques (Div Yezh) :
Implantation des écoles bilingues privées (Dihun) :
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